OpenData

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Opendata : Article détaillé

L'open data (... sans oublier tout le cadre qui va avec) (Vincent Andrès - mel (at) rdlf (point) fr)

"Journalism is printing what someone else does not want printed, everything else is public relations." -- George Orwell

"L'open data, c'est publier quelque chose que quelqu'un ne veut pas voir publié, le reste n'est que relations publiques"

Ce billet ne va donc pas s'intéresser aux aspects techniques de l'open data en France, mais plutôt à l'aspect politique de ce mouvement.

Situation actuelle

La France est un agglomérat de corporations et oligopoles publics et privés, tous assis sur un ensemble de privilèges régulièrement obtenus et maintenus via une bonne infiltration dans l'appareil d'état.

Une grande partie de ces privilèges ne peuvent être maintenus que via l'opacité, le secret et/ou le mensonge. L'exposition à la lumière, par l'indignation publique qui en découle généralement, est néfaste et donc incompatible au maintien de ces privilèges. Il est donc impossible que des gens dont l’objectif est le pouvoir personnel, ainsi que les entités administratives à leur service, acceptent de partager si peu que ce soit leurs informations, puisque partager serait non seulement réduire leur part de pouvoir, mais dans bien des cas contribuer à leur propre extinction.

L'appareil d'état et les administrations concernées font tout leur possible pour maintenir leur contrôle sur les données en leur possession :

- discrètement et en souplesse quand possible, par encadrement/noyautage des organismes de "diffusion", par sabotage technique, par corruption gentillette, par mille manoeuvres dilatoires, etc. Tout est bon pour canaliser le mouvement open data, pour l’égarer, le vider de son sens et le retarder. Chaque mois/année de perdue pour la transparence est autant de gagné pour tout ce qui prolifère à l'ombre.

- frontalement et brutalement, quand le choc est inévitable et quand les personnes concernées comprennent (souvent à leur corps défendant) où est le réel intérêt des administrations. Le sort fait au rapport Perruchot sur les syndicats (oui oui, c'est bien de l'open data), et les menaces physiques émises par le président de l'assemblée nationale lui-même à l'encontre d'éventuels fuiteurs ne devraient pas laisser le moindre doute quand à la volonté d'opacité de l'état.

Il ne faut pas écouter ce que le gouvernement raconte, il faut regarder ce qu'il fait concrètement.

("Le prince ne manquera jamais de raisons légitimes pour justifier la rupture d'une promesse" Machiavel)

L'open data qui concerne l'emplacement des pissotières dans quelques villes de France se fera peut-être (enfin, sous réserve que le fils/fille/épouse/ami/amie de M. le maire ne soit pas directeur des pissotières, auquel cas, la protection du droit d'auteur ou la lutte contre la pornographie etc (cochez l'argument bidon de votre choix) ne permettra pas la libération de ces données sensibles).

A noter que ce scénario de libération bidon de quelques jeux de données se déroule également dans d'autres pays, ex le Canada, où le gouvernement promène les tenants de l'open data depuis déjà 2 ou 3 ans, sans avoir lâché quoi que ce soit de réellement sensible.

A noter aussi que, dans beaucoup d'administrations publiques, il y a des individus sincères et réellement en faveur de l'open data. Mais, qu'il en soient conscients ou pas, ces individus honorables ne représentent qu'eux-mêmes. Leur administration de tutelle les laisse aller jusqu'à la limite du tolérable, et alors c'est le rappel à l'ordre. Rentrer dans le rang, être placardisé ou démissionner sont les seules alternatives possibles pour ces électrons libres.

L'open data demain

Le constat préalable, plutôt pessimiste signifie-t-il donc que tout est perdu ?

L'open data de demain va de facto emprunter les pistes suivantes :

L'open data étatique ou open pipeau-data

Cet open data concerne les naïfs et/ou complices à l'insu de leur plein gré, qui se feront aimablement promener de colloques en réunion au ministère, comité Théodule, petits fours etc.

Nous sommes en France, ça peut durer 20 ans très facilement. Des individus feront toute leur carrière là-dessus. Avec titres ronflants et pignon sur rue.

Il y aura évidemment quelques résultats tangibles (pissotières, démographie de l'ornithorynque au Galapagos, etc) mais aucune donnée sensible ne sera jamais obtenue par cette voie.

Le résultat le plus tangible de cette piste sera, comme souvent en France, énormément d'énergies gaspillées et de temps perdu (sauf pour ceux dont les revenus dépendant de l'opacité).

L'open data citoyen

L'open data citoyen national

L'open data citoyen national concerne les échaudés de l'open data étatique, les un peu plus lucides qui comprennent l'incompatibilité totale entre l'état oligo-corporatiste actuel et la transparence. Ceux-là iront soit reconstruire eux-mêmes les données (et c'est plus souvent faisable qu'on ne le croit), soit iront les arracher et les feront fuiter. Pour les données sensibles, il n'y a pas et il n'y aura pas d'autres moyens.

Quelques initiatives qui étayent ces propos : regardscitoyens.fr, prixdeleau.fr, la carte de la ratp. Des initiatives remarquables, toutes issues de citoyens de base, sans la moindre aide des administrations concernées, mais avec au contraire menaces à chaque fois que possible.

Les individus qui s'engagent et s'engageront dans cette voie ne doivent pas se faire d'illusions, ils ne seront non seulement pas aidés par l'état, mais à chaque fois que ce sera possible ils sont et seront poursuivis, frappés d'amende, ostracisés.

Par ailleurs, indépendamment de cela, une reprise en main générale de l'internet est et continuera d'être tentée en France par le pouvoir politique, aussi longtemps que possible. Cette volonté de contrôle dépasse le cadre de l'open data, mais l'open data est et sera évidemment impacté.

Les libertés, économiques ou autres, ne cessent de reculer en France depuis des années (c'est un fait attesté par les classements internationaux).

Si la classe politique peut le faire, elle nous construira un internet national à l'iranienne ou à la chinoise. Il n'y a aucun doute sur ce point. Cela s'appellera exception culturelle ou n'importe quelle autre dénomination absurde que la population voudra bien avaler.

La campagne pour les élections présidentielles a très légèrement freiné les attaques contre internet. Il est hélas certain que celles-ci reprendront, et sans retenue cette fois-ci, dès le lendemain de l'élection.

L'open data étatique avait pour seule fonction de faire un peu de cinéma pendant la période pré-électorale, il sera 100% bloqué dès le lendemain de l'élection.

L'open data from outside

Un exemple emblématique: la mise à disposition de cartes numériques par google, qui est la seule raison à un très léger assouplissement concernant la diffusion de données cartographiques (collectées grâce aux deniers publics) sur lesquelles l'IGN était/est assise depuis des dizaines d'années. Il a fallu qu'une boite US publie nos propres data pour que l'IGN se bouge enfin !! Les tribunaux (partie prenante de l'état) ont cependant récemment sanctionné une telle diffusion de données, un retour à la situation figée antérieure est donc hélas tout à fait possible, voire prévisible.

L'expatriation de beaucoup de geeks (là aussi, pas d'open data sur ce sujet tabou) pourrait aider à ce mouvement.

Une note d'optimisme réel en conclusion

La population dispose d'une énorme capacité/puissance distribuée (par opposition aux moyens d'un état centralisé).

Cette puissance est restée largement inopérante jusqu'à récemment, car elle est fragmentée (et l'état fait tout son possible pour maintenir cette fragmentation/cloisonnement).

Avec l'internet2.0, on voit cependant maintenant émerger des outils qui permettent la connection (mise en réseau) de cette formidable puissance de travail.

Si la mise en connection réussit à s'opérer (et c'est le cas par endroits), l'open data (et plein d'autres choses) se feront alors par la base (et par les échelons locaux au début), sans avoir plus besoin de mendier quoi que ce soit aux rentiers assis sur leurs informations.

Il ne faut cependant pas se faire d'illusion, la mise en réseau de l'intelligence collective c'est la mort d'une partie du système centralisé ancien. La lutte entre les 2 systèmes est et continuera donc d'être féroce. Toute feutrée et sournoise qu’elle soit, la guerre est bien réelle et quotidienne. Ce sont tous les privilèges de la caste oligo-politique qui sont en jeu, son existence même, les postes pour leurs affidés et leurs rejetons.

On ne peut donc qu'inviter vigoureusement tous ceux qui se sentent citoyens et qui veulent vraiment changer les choses à s'impliquer dans les différents mouvements "open" existants actuellement. (Ce serait d'ailleurs à l'honneur du mouvement libéral de s'y impliquer politiquement). Il n'y a pas d'autres moyens de faire bouger les choses. 30 ans d'élections du parti unique UMPS, de sclérose et de maintien du système ancien devraient ouvrir les yeux mêmes des plus naïfs.

En 1535, François I° interdisait toute impression de livres sous peine d’être pendu haut et court ! (http://culturevisuelle.org/totem/1587). L'état n'est en rien au service du citoyen, l'état est avant tout au service de l'état, l'état est donc en permanence contre tout ce qui peut menacer son existence, il n'y a rien à attendre de lui, sauf de la duperie ou de la coercition.


PS: le temps d'écrire ce texte et on apprend la nomination d'un proche de N. Sarkozy à la tête de l'INSEE. L'INSEE dont 99% des données servent exclusivement et jusqu'à la nausée à valider le mythe de l'indispensable état redistributeur, n'est pas prête de perdre son surnom d"il ne sait".